« 31 décembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 219-220], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10388, page consultée le 24 janvier 2026.
31 décembre [1839], mardi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon [illis.], bonjour, mon adoré, vous ne vous plaindrez pas, j’espère, que je me sois levée trop tard ce matin ? Dans tous les cas, j’ai passé une nuit assez médiocre et j’ai grand mal à la tête et partout. Mais, toi, mon pauvre bien-aimé qui ne te plains pas, tu dois avoir aussi bien mal à la tête et surtouta être bien fatigué. Quand je pense à cela, cela me fait mal dans l’âme comme un remords, il me semble que c’est ma faute et que je pourrais t’en empêcher. Cette nuit, pendant que tu as fermé tes yeux cinq minutes, j’aurais voulu avoir la puissance magnétique de t’endormir dans mes bras, de te déshabiller et de te coucher avec moi toute la nuit. Pauvre bien-aimé adoré, tu ne prends vraiment pas assez de repos et tu finiras par tomber malade. Que Dieu m’en préserve, car je perdrais la tête. Aime-moi, mon Toto chéri, aime-moi. Je t’aime de toute mon âme, moi. Jour Toto. Jour un petit o. C’est tantôt que Claire vient. Je vais me dépêcher de prendre un bain car après je n’en aurais plus le temps. Mais auparavant il faut que je fasse toutes mes petites tisanesb et tous mes petits rangements, sans cela je ne serais pas contente. Que je vous aime, mon Toto. Que je t’aime, mon petit homme. La pensée d’avoir une petite lettre de toi demain me rend folle de joie. Comme je vais la baiser, la lire et la relire, l’aimer et l’adorer. QUEL BONHEUR !!!!!c Je voudrais déjà y être. Merci, mon Toto chéri. Merci, mon amour, merci, merci, merci. Je suis furieuse contre ce stupide M. Delafont1 : mes pauvres [petits tirelires ?] qui étaient si gentilles et nos couteaux du [illis.], et mes carafesd. Oh ! Vraiment, c’est un animal absurde, j’aurais été si joyeuse d’en donner une à chacune de nos petites filles (je parle des tirelires) que je suis bien vexée de ce qui arrive. C’est-à-dire de ce qui n’arrive pas. Toto est une bête car c’est lui qui est la cause de tout ça. Je lui ficherai des baisers par les pieds et par la tête pour lui apprendre quand je le verrai, Dieu veuille que ce soit bientôt.
Juliette
1 À identifier.
a « sur tout ».
b « tisannes ».
c Les cinq points d’exclamation courent jusqu’à la fin de la ligne.
d « caraffes ».
« 31 décembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 221-222], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10388, page consultée le 24 janvier 2026.
31 décembre [1839], mardi soir, 5 h. ¼
C’est toi qui es mon bijou, c’est toi qui es mon cadeau, c’est toi qui est mes étrennes. Pauvre bien-aimé, quand je te vois, tu éclipsesa tout, rien ne paraît, rien ne brille à côté de toi et de ta pensée. Toutb ce qu’on me donne ne laisse aucune trace de joie dans mon esprit. Il n’y a que ce qui me vient de toi qui me soit presqu’aussi précieux que toi-même. Ô, va, tu es bien aimé, toi, jamais homme le ne fut ni ne le sera comme toi : je t’adore, mon pauvre Toto. Toutes mes facultés, tout mon être s’est réfugiéc dans mon âme pour t’adorer. Je t’aime avec passion et avec vénération. Je t’aime comme le plus beau et le plus ravissant des hommes et je t’adore comme Dieu lui-même. Laisse-moi te dire cela comme je peux, ne fais pas attention à l’arrangement des mots ; qu’importe que la charrue soit devant les bœufs pour te dire : mon Toto, je t’aime. Qu’importe que le baiser précède la parole en amour : tout est [bon ?] pourvu que le sentiment soit profond et sincère comme le mien. Ce n’est pas une femme qui t’écrit, c’est une amante qui exhaled le trop-plein de son cœur et de ses baisers dans chacune des lettres que griffonne sa plume. C’est ainsi qu’il faut que tu traduises toutes les petites pattes de mouchee que je fais courir sur mon papier. Claire n’est pas encore arrivée. Je l’attends, la pauvre petite, et je commence à craindre que la mère Lanvin ne l’ait oubliée. Baise-moi, mon cher bien-aimé. Cette nuit, je ne vous ferai pas de quartier…….f Quel bonheur !!!!!!!g Qui est-ce qui est collé ? C’est pas Juju. Baisez-moi, qu’on vous dit. Encore. Toujours toujours.
Juliette
a « éclipse ».
b « tous ».
c « réfugiée ».
d « exale ».
e « mouche ».
f Les sept points courent jusqu’à la fin de la ligne.
g Les sept points d’exclamation courent jusqu’à la fin de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
